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Pascale Rey
La passion dans l'histoire

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Abraham descendait la rue sans souci des pierres sèches roulant à son talon. Il allait comme une ombre portée par la lumière qui tombait sur la ville. Derrière lui, Majorque s'éveillait du repos du jour, belle alanguie dont le vent caressait la courbe tendre. Seul, il entendait résonner son pas dans le silence clos qui montait des murs blonds. Il serra sa carte d'un geste d'habitude, la senteur paisible du cuir partageant son chemin. Il avait noté l'ancrage le plus incertain comme le port le plus facile mais l'assurance de son savoir ne calmait pas son inquiétude. Que vaudrait tout cela, face à la mer? Les Maures avaient attaqué Minorque, la veille, pillant le port, enlevant femmes et enfants.

La pente sèche s'arrondit en un coude familier où il s'arrêta. La mer lui faisait face, mauve, irisée de lumière, supportant avec patience les coques de safran qui dansaient sur le ciel, les lourds navires comme les pauvres barques noyées dans la blancheur de l'étale. Il sourit, amusé de son émotion devant le voile infini qui s'étirait à perte de vue, soulevant les bateaux et le cœur des hommes. Au fond de la rade, couteaux gainés posés sur l'eau, les péniches basques semblaient effleurer la surface ondoyante d'une longue blessure. Il soupira et reprit sa marche, le front haut, cachant son doute et jusqu'à l'idée de sa présomption.

Au bord du quai, sagement alignés, les lourdes naus catalanes roulaient les flancs ventrus qui transportaient le grain, le fer, l'alun, le blé. À ses pieds, les flèches neuves de la cathédrale enfonçaient dans l'eau leurs mâts dentelés et tremblants. Il avançait dans le bruit, la cohue épaisse, un flot humain le pressait, agité de mouvement, car le port tout entier poussait, tirait, hurlait dans une frénésie de rage où se dissolvait la peur. Les marins criaient, pendus aux échelles, les cordes s'échevelaient, posées au quai comme des doigts. Les portefaix montaient aux passerelles, visages de cuivre et jambes nues, des marchands s'agitaient ici et là, le chaperon de travers et le bras tendu, tandis que se hissaient les ballots de laine et les cruches d'huile. Abraham marchait au milieu de la foule, si calme d'apparence que rien ne semblait l'atteindre dans cet incendie de déraison.