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Pascale Rey
La passion dans l'histoire

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Mon fils, je ne vous ennuierais sans la nécessité qui nous presse. Mais je ne puis respecter plus avant votre silence. Il me faut vous voir. Revenez, Henri, dès que vous le pourrez.

Il s'exaspère de ce papier et d'en connaître le moindre mot. Il cherche à s'accrocher au triste souvenir du regard impérieux, presque ennuyé, qui fut le dernier. Mais une autre image lui vient, plus forte, tirée du néant par les jambages droits, les pleins fermes et patients de cette écriture qui l'appelle. Il revoit une table de chêne, une grande plume, un encrier, l'éclair d'une chandelle sur une manche noire et une main pesante, appliquée, posée sur une autre, petite, malhabile.

Cette nuit n'en finira jamais. Il voudrait être en colère, retrouver la flamme rouge qui l'a jeté dans le premier camp où l'on a bien voulu d'un gamin à pied, sans armes. Il tente de réchauffer une fois encore la haine recuite qui a brûlé sa jeunesse mais il ne trouve plus qu'une lassitude étonnée. Quinze ans de combat lui ont apporté l'oubli, une paix fragile qu'est venu détruire un morceau de papier.

Il se tourne sur sa couche étroite, étouffe dans le froissement de la paille le râle du parchemin. Il ne reviendra pas, les bras ballants, l'oeil fuyant et le rire à la face. Comment s'en retourner vers ceux qu'il a reniés ? Il est vrai que sans un motif grave, son père n'aurait pas écrit. En écrivant, il a rompu le combat, cédé le premier. De quelle nécessité prétend-il parler sans en dire davantage ? Yrvoix a beau savoir que l'on ne confie rien à une lettre, l'inquiétude le ronge autant que l'agacement.

S'il n'a pu fermer l'oeil, cette nuit, il n'est pas le seul. Sur l'autre couche, Espeville feint de s'être assoupi, mais l'absence de son éternel ronflement dénonce la bravade. Il attend l'aube, comme tous les hommes.